Le Sanatorium d’Aincourt, situé dans le parc naturel régional du Vexin français, est l’un des plus vastes ensembles hospitaliers construits en France au XXe siècle. Conçu pour le traitement de la tuberculose pulmonaire, il a traversé plusieurs époques marquées par des événements historiques majeurs.
Construction et architecture
Entre 1931 et 1933, les architectes Édouard Crevel et Paul Decaux réalisent un projet ambitieux : trois pavillons identiques, espacés de 400 mètres, afin de limiter les risques d’infection. Chaque bâtiment mesure 220 mètres de long sur 12 mètres de large, offrant ainsi une capacité d’accueil de 500 lits. Le site s’étend sur un parc de 73 hectares, choisi pour la qualité de son air et son isolement propice à la convalescence.
Seconde Guerre mondiale : camp d’internement
En octobre 1940, le pavillon Bonnefoy-Sibour est réquisitionné pour devenir le premier « camp d’internement administratif de la Zone Nord ». Sous la direction du commissaire Andrew, ancien directeur du camp de Bellay, le centre accueille plus de 670 prisonniers politiques, dont des députés, des conseillers municipaux et des syndicalistes. En tout, environ 1500 personnes y sont détenues entre 1940 et 1942, avant d’être transférées vers d’autres lieux d’incarcération ou déportées vers les camps de concentration.
Après-guerre et reconversion
En 1946, l’établissement reprend ses activités de sanatorium. Les bâtiments sont renommés : le pavillon Louis-Amiard devient « Les Cèdres », Bonnefoy-Sibour « Les Tamaris » et Edmond Vian « Les Peupliers ». Avec l’arrivée des antibiotiques, le besoin de structures dédiées à la tuberculose diminue. En 1972, le site est transformé en centre médical. De 1973 à 1978, un jardin japonais est aménagé entre les pavillons, à l’initiative du docteur Hamon, directeur du Centre Médical de la Bucaille.
Déclin et état actuel
À partir des années 1990, les pavillons du Docteur-Vian et Bonnefoy-Sibour sont laissés à l’abandon. Soumis au vandalisme et au pillage, ils conservent néanmoins une architecture remarquable, témoignant de la qualité de leur conception. Malgré leur inscription à l’inventaire des monuments historiques, ces bâtiments sont aujourd’hui en ruine, offrant un spectacle désolant de carcasses de béton.
Mémoire et commémoration
En 1994, une stèle commémorative est érigée sur le site pour honorer la mémoire des déportés internés à Aincourt entre 1940 et 1942. Chaque année, une cérémonie a lieu le premier samedi d’octobre en leur hommage.








